Sa vie
Anagnostakis naît à Thessalonique en 1925 et grandit dans la ville qui servira de décor à la plupart de ses poèmes. Étudiant en médecine pendant l'Occupation allemande, il rejoint la Résistance de la jeunesse de gauche ; il participe à des publications étudiantes, et son premier recueil, Εποχές (Saisons, ou Époques), paraît en 1945, au tout début de la guerre civile. À mesure que s'étend la guerre entre le gouvernement et l'Armée démocratique dirigée par les communistes, des milliers de jeunes gens de gauche sont arrêtés. Anagnostakis est arrêté en 1948 et, en 1949, un tribunal militaire d'exception le condamne à mort. La sentence n'est pas exécutée, et il est libéré à la faveur d'une amnistie en 1951.
Il achève ses études de médecine et devient radiologue, profession qu'il exercera toute sa vie active. La poésie l'accompagne : Εποχές 2 et Εποχές 3, puis les trois parties de Η Συνέχεια (La Suite, 1954–1962). De 1959 à 1961, il dirige à Thessalonique la revue littéraire Κριτική, l'une des revues importantes de l'après-guerre. Après le coup d'État militaire de 1967, il se tait un temps, puis publie en 1970 Ο Στόχος (La Cible), un petit livre qui circule comme un acte de résistance à la dictature. Ensuite, il n'écrit presque plus de poèmes, préférant de brèves notes en prose, réunies dans Το Περιθώριο '68–'69 (La Marge). En 1978, il s'installe à Athènes, où il meurt le 23 juin 2005.
Son œuvre

Anagnostakis a très peu écrit, quelques dizaines de poèmes en tout, et l'ensemble de ses poèmes tient en un mince volume. Son style est l'opposé du grand lyrisme solaire d'Elytis ou de la voix épique de Ritsos. Les vers sont courts et proches de la conversation ; le ton est feutré, souvent ironique ; le sujet, c'est l'après. Sa génération avait combattu dans la Résistance avec l'espoir d'un monde nouveau et avait trouvé à la place la guerre civile, les prisons, l'exil et le lent confort d'une société qui préférait oublier. Ses poèmes demandent ce qu'il reste de ces espoirs, et de ceux qui les portaient, quand l'histoire a tourné la page.
Les premières Εποχές portent l'angoisse des années 1940 : amis exécutés, chambres de la peur, amour menacé. Η Συνέχεια se tourne vers la survie et la mémoire. Ο Στόχος est le plus amer et le plus célèbre : le poète y attaque non seulement les dictateurs, mais aussi les compromis de son propre camp et de la poésie elle-même, qu'il soupçonne de transformer la souffrance en jolis mots. Son poème le plus connu, Θεσσαλονίκη, μέρες του 1969 μ.Χ. (Thessalonique, jours de 1969 apr. J.-C.), parcourt la ville sous la junte : dans une rue jadis pleine de souvenirs se dressent désormais une banque, des agences de voyages et des bureaux d'émigration, et le passé est recouvert de silence.
Son héritage en Grèce aujourd’hui
Pour les Grecs, Anagnostakis est avant tout la voix de la gauche vaincue et d'une honnêteté morale qui refuse les consolations faciles. Ses poèmes sont étudiés dans les lycées et les universités grecs, et cités dans les essais et les journaux chaque fois qu'il est question de la guerre civile ou de la dictature. Des compositeurs comme Mikis Theodorakis et Thanos Mikroutsikos ont mis ses poèmes en musique ; cherchez ces chansons et suivez le texte. Lisez à voix haute Θεσσαλονίκη, μέρες του 1969 μ.Χ. : il s'ouvre sur la rue d'Égypte (οδός Αιγύπτου) de sa ville natale. Ses poèmes réunis, Τα Ποιήματα 1941–1971, ont reçu le Prix d'État de poésie en 1986, et en 2002 il a obtenu le Grand Prix d'État de littérature.
Le saviez-vous ?
- Condamné à mort par un tribunal militaire en 1949, à vingt-quatre ans, il a survécu.
- Il gagnait sa vie comme radiologue, non comme écrivain.
- Toute son œuvre poétique tient en un seul mince volume.
- Après Ο Στόχος (1970), il n'a presque plus écrit de poèmes, un silence dont les critiques débattent encore.
Œuvres principales
| Titre grec | Titre | Année |
|---|---|---|
| Εποχές | Saisons / Époques (poèmes) | 1945 |
| Εποχές 2 | Saisons 2 (poèmes) | 1948 |
| Η Συνέχεια | La Suite (poèmes, trois parties) | 1954–1962 |
| Κριτική (περιοδικό) | Kritiki (revue littéraire, directeur) | 1959–1961 |
| Ο Στόχος | La Cible (poèmes) | 1970 |
| Το Περιθώριο '68–'69 | La Marge '68–'69 (notes en prose) | 1979 |
Autour de l’œuvre

Images du domaine public, Wikimedia Commons.
Une phrase à retenir
Στην οδό Αιγύπτου — πρώτη πάροδος δεξιά — / Τώρα υψώνεται το μέγαρο της Τράπεζας Συναλλαγών
Stin odo Aigyptou — proti parodos dexia — / Tora ypsonetai to megaro tis Trapezas Synallagon
Rue d'Égypte — première à droite — / s'élève maintenant l'immeuble de la Banque des Échanges























