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C1Grèce moderne · Metteur en scène de théâtre

Karolos Koun

Κάρολος Κουν

1908 – 1987 · Bursa (Prousa) ; Constantinople ; Athènes

Karolos Koun (Κάρολος Κουν, 1908–1987) fonda le Θέατρο Τέχνης (Théâtre d'Art) dans l'Athènes occupée en 1942 et le dirigea jusqu'à sa mort, faisant d'une troupe de sous-sol la conscience du théâtre grec. Il donna à la Grèce ses premiers Tennessee Williams, Ionesco, Beckett et Pinter, découvrit le dramaturge Iakovos Kampanellis, forma trois générations d'acteurs et monta en 1959 les Oiseaux d'Aristophane avec une telle audace que le gouvernement les interdit et que Paris les couronna.

Sa vie

Koun naquit le 13 septembre 1908 à Bursa (Prousa), en Asie Mineure, d'un père d'origine allemande et d'une mère grecque, et grandit à Constantinople, où il fréquenta l'American Robert College. Après un an à la Sorbonne, il vint à Athènes en 1929 pour enseigner l'anglais au Collège d'Athènes, et c'est avec ses élèves qu'il fit ses premières mises en scène : les Oiseaux, les Grenouilles d'Aristophane et le Cyclope dans le jardin de l'école, joués avec des masques et des costumes populaires. En 1934, avec le peintre Giannis Tsarouchis et l'acteur Dionysis Devaris, il fonda l'éphémère Λαϊκή Σκηνή (Scène populaire), où il monta la tragédie crétoise Ερωφίλη et l'Alceste d'Euripide dans un style qu'il appelait «expressionnisme populaire grec».

À l'automne 1942, en pleine occupation allemande et en pleine famine, il ouvrit le Θέατρο Τέχνης avec Le Canard sauvage d'Ibsen et une troupe de jeunes acteurs inconnus qui étaient aussi ses élèves, parmi lesquels la jeune Melina Mercouri. Le théâtre ferma faute d'argent en 1949, et quand il rouvrit en 1954, ce fut dans l'Υπόγειο, un sous-sol sous la galerie Orfeas, rue Pesmazoglou, cent cinquante places autour d'une scène nue, qui resta sa maison et son symbole.

Il continua de travailler sous la dictature de 1967–74, quand le public lisait ses mises en scène d'Aristophane comme des actes de résistance, et mourut à Athènes le 14 février 1987. Le Théâtre d'Art, son école et ses deux scènes, l'Υπόγειο et la maison de la rue Frynichou à Plaka, continuent sous le nom de Θέατρο Τέχνης Καρόλου Κουν.

Son œuvre

Le premier accomplissement de Koun fut de faire entrer le XXe siècle sur la scène grecque. Le Théâtre d'Art donna à la Grèce ses premiers Pirandello, Lorca et Tennessee Williams ; son Un tramway nommé Désir de 1949, avec Mercouri en Blanche et une musique de Manos Hadjidakis, dont la chanson «Χάρτινο το φεγγαράκι», est un jalon de la mémoire athénienne. Dans les années 1950 et 1960 vinrent Brecht, Ionesco, Beckett et Pinter, joués par une troupe qui travaillait et étudiait ensemble, en réaction au vedettariat du théâtre commercial. Son deuxième accomplissement fut l'écriture grecque : en 1957 il monta Η αυλή των θαυμάτων (La Cour des miracles) de l'inconnu Iakovos Kampanellis, la pièce qui fonda le drame grec moderne, puis révéla Loula Anagnostaki, Dimitris Kehaidis et d'autres.

Le troisième fut Aristophane. Ses Όρνιθες (Les Oiseaux) au théâtre d'Hérode Atticus en août 1959, dans la traduction de Vasilis Rotas, sur une musique de Hadjidakis, avec décors et costumes de Tsarouchis et chorégraphie de Zouzou Nikoloudi, traitaient la comédie comme une fête populaire vivante, avec chant byzantin et gestes du théâtre d'ombres. Un prêtre parodié dans le style d'une liturgie orthodoxe fit scandale ; le ministre Konstantinos Tsatsos interdit les représentations suivantes après la première. Repris en 1960, le spectacle remporta le premier prix au Théâtre des Nations à Paris en 1962 et tourna pendant des décennies. Suivirent Πέρσες (Les Perses, Londres 1965), Βάτραχοι, Αχαρνής, Οιδίπους Τύραννος et Βάκχες, et sa manière de jouer les Anciens, chorale, musicale, enracinée dans le rituel populaire plutôt que dans le marbre, devint la manière grecque.

Son héritage en Grèce aujourd’hui

Descendez l'escalier de l'Υπόγειο, rue Pesmazoglou, ou entrez au Théâtre d'Art de la rue Frynichou à Plaka, et vous êtes chez Koun ; la troupe et l'école d'art dramatique portent toujours son nom, et leurs diplômés, de Giorgos Lazanis, Mimis Kouyoumtzis et Reni Pittaki aux acteurs de la télévision d'aujourd'hui, sont désignés en Grèce simplement comme «από το Θέατρο Τέχνης». Ses Oiseaux ont été repris maintes fois, et la musique de Hadjidakis existe en disque. Un extrait de la Cour des miracles de Kampanellis, qu'il découvrit, est lu au lycée. Ses conférences et écrits réunis ont paru sous le titre Κάνουμε θέατρο για την ψυχή μας (Nous faisons du théâtre pour notre âme, 1987), un titre que les gens de théâtre grecs citent comme un credo.

Le saviez-vous ?

  • Ses premières mises en scène furent des spectacles scolaires : Aristophane monté avec les garçons du Collège d'Athènes au début des années 1930, en masques et costumes populaires.
  • Le Théâtre d'Art ouvrit en 1942, pendant la famine de l'Occupation, avec Le Canard sauvage d'Ibsen et une troupe d'élèves.
  • Les Oiseaux de 1959 furent interdits par le gouvernement grec après une seule représentation et remportèrent trois ans plus tard le premier prix au Théâtre des Nations à Paris.
  • Son Tramway nommé Désir de 1949 offrit à la Grèce l'une de ses chansons les plus aimées, «Χάρτινο το φεγγαράκι» de Hadjidakis, chantée par Melina Mercouri dans le rôle de Blanche.

Œuvres principales

Titre grecTitreAnnée
Ίδρυση του Θεάτρου Τέχνης (Η αγριόπαπια του Ίψεν)Fondation du Théâtre d'Art, ouvert avec Le Canard sauvage d'Ibsen1942
Λεωφορείον ο ΠόθοςUn tramway nommé Désir (avec Melina Mercouri, musique de Hadjidakis)1949
Η αυλή των θαυμάτωνLa Cour des miracles (Iakovos Kampanellis, création)1957
ΌρνιθεςLes Oiseaux d'Aristophane (interdits à Athènes, premier prix à Paris en 1962)1959
ΠέρσεςLes Perses d'Eschyle (World Theatre Season de Londres)1965
Κάνουμε θέατρο για την ψυχή μαςNous faisons du théâtre pour notre âme (écrits réunis)1987

Une phrase à retenir

Δεν κάνουμε θέατρο για το θέατρο. Δεν κάνουμε θέατρο για να ζήσουμε. Κάνουμε θέατρο για να πλουτίσουμε τους εαυτούς μας, το κοινό που μας παρακολουθεί.

Den kanoume theatro gia to theatro. Den kanoume theatro gia na zisoume. Kanoume theatro gia na ploutisoume tous eaftous mas, to koino pou mas parakolouthei.

Nous ne faisons pas du théâtre pour le théâtre. Nous ne faisons pas du théâtre pour gagner notre vie. Nous faisons du théâtre pour nous enrichir, nous et le public qui nous regarde.

Karolos Koun, credo of the Art Theatre, in Κάνουμε θέατρο για την ψυχή μας (1987)
C1

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Les mots du texte

  • scène
  • troupe de théâtre
  • acteur, comédien
  • atelier
  • célèbre, renommé
  • divertissement
  • scandale
  • j'interdis

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