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Andréas Laskaratos
Eleftherios Kazanis · Public domain · Wikimedia Commons

C2Grèce moderne · Satiriste

Andréas Laskaratos

Ανδρέας Λασκαράτος

1811 – 1901 · Lixouri et Argostoli, Céphalonie

Andréas Laskaratos (Ανδρέας Λασκαράτος, 1811–1901) fut le grand satiriste des îles Ioniennes. Dans Τα μυστήρια της Κεφαλονιάς (Les Mystères de Céphalonie, 1856), il se moqua si violemment de la superstition, du clergé hypocrite, des mariages arrangés et de la politique corrompue de son île que l’évêque l’excommunia. Il répondit par davantage de satire et, pendant le reste de sa longue vie, demeura la conscience libre-penseuse de Céphalonie, auteur des portraits de caractères de Ιδού ο άνθρωπος (Voici l’homme, 1874).

Sa vie

Laskaratos naquit en 1811 à Lixouri, la deuxième ville de Céphalonie, à une époque où les îles Ioniennes n’avaient jamais fait partie de l’Empire ottoman et passaient de la domination vénitienne à la domination française, puis britannique. Issu d’une famille de propriétaires terriens, il étudia à l’Université ionienne de Corfou, puis le droit à Pise et à Paris, et rentra chez lui en 1839. À Corfou, capitale culturelle des îles, il fut l’élève du poète Andréas Kalvos et connut Dionýsios Solomós, le poète national, dont l’exemple le convainquit que la littérature devait s’écrire dans le grec démotique vivant.

De retour à Céphalonie, il se mit à écrire des satires. En 1856, il publia Τα μυστήρια της Κεφαλονιάς, et le scandale fut immédiat : l’évêque orthodoxe de Céphalonie prononça contre lui une excommunication solennelle, les autorités lui conseillèrent de rester chez lui et, en mars 1856, il partit pour Zante en annonçant qu’il s’en allait «excommunié par le clergé comme impie et chassé par le Gouvernement comme perturbateur de l’ordre public». Il répondit à l’évêque par écrit et continua d’écrire et de publier, notamment son propre journal satirique, Ο Λύχνος (La Lampe), dont la première série parut de 1859 à 1863.

Il se maria et fonda une famille, puis raconta ses déboires dans Οι καταδρομές μου εξαιτίας του «Λύχνου» (Mes persécutions à cause de La Lampe). Il vécut jusqu’à quatre-vingt-dix ans et mourut à Argostoli le 24 juillet 1901.

Son œuvre

Τα μυστήρια της Κεφαλονιάς (1856) est un court livre en trois parties, sur la religion, la famille et la politique, et son titre est un jeu de mots : «μυστήρια» signifie à la fois mystères et sacrements de l’Église. Laskaratos décrit le culte local des reliques et des miracles, les prêtres qui vivent des peurs des pauvres, les familles qui marient leurs filles comme on cède un bien, le système de la dot et les querelles sans fin, et les politiciens qui achètent les voix. Le ton n’est pas colérique mais froidement ironique : il se contente de décrire et laisse parler l’absurde.

C’était un moraliste au sens ancien, un partisan de la raison, de l’honnêteté et de la conscience individuelle contre la coutume et l’autorité, et non un ennemi de la foi elle-même ; il affirmait défendre l’Évangile contre ceux qui l’exploitaient. Cela apparaît le plus clairement dans Ιδού ο άνθρωπος (Voici l’homme, 1874), sous-titré «ανθρώπινοι χαρακτήρες» (caractères humains), un recueil de courts portraits et de réflexions sur la nature humaine, la vanité, la vertu et la vie sociale, écrit dans un démotique simple et acéré.

Ses poèmes, réunis dans Στιχουργήματα (Vers, 1872), comprennent des pièces satiriques en dialecte céphalonien. Avec Emmanouíl Roïdis à Athènes, Laskaratos est le fondateur de la satire grecque en prose et l’un des premiers écrivains grecs à lutter ouvertement pour la liberté de pensée et de la presse.

Son héritage en Grèce aujourd’hui

Dans la Grèce d’aujourd’hui, Laskaratos est le symbole du libre penseur qui tient tête au pouvoir clérical, et son excommunication est évoquée chaque fois que l’Église et la liberté d’expression s’affrontent. Τα μυστήρια της Κεφαλονιάς est régulièrement réédité et constitue une bonne lecture de niveau C2 : court, drôle et mordant, avec un vocabulaire qui ouvre les portes du grec du XIXe siècle. Lixouri, sa ville natale, entretient sa mémoire, et les Céphaloniens sont fiers de sa réputation d’esprit, qui correspond à celle de l’île elle-même. Ses réflexions, tirées de Ιδού ο άνθρωπος et des Στοχασμοί posthumes (Réflexions, 1921), figurent dans des anthologies et sont citées dans les chroniques des journaux.

Le saviez-vous ?

  • Le titre Τα μυστήρια της Κεφαλονιάς joue sur «μυστήρια», qui signifie à la fois mystères et sacrements de l’Église.
  • Il fut excommunié par l’évêque de Céphalonie en 1856, puis, la même année, à Zante également.
  • Il fut l’élève d’Andréas Kalvos et connut Dionýsios Solomós, dont l’exemple le poussa à écrire en démotique.
  • Né sous domination étrangère en 1811, il vécut assez longtemps pour voir Céphalonie rattachée à la Grèce en 1864.

Œuvres principales

Titre grecTitreAnnée
Τα μυστήρια της ΚεφαλονιάςLes Mystères de Céphalonie1856
Ο Λύχνος (σατιρική εφημερίδα)La Lampe (son journal satirique)1859–1863
ΣτιχουργήματαVers1872
Ιδού ο άνθρωποςVoici l’homme (portraits de caractères et réflexions)1874

Une phrase à retenir

αφορισμένος απ' τον κλήρο σαν ασεβής και διωγμένος απ' την Κυβέρνηση σαν διασαλευτής της δημοσίας τάξεως!

aforismenos ap' ton kliro san asevis kai diogmenos ap' tin Kyvernisi san diasaleftis tis dimosias taxeos!

excommunié par le clergé comme impie et chassé par le Gouvernement comme perturbateur de l’ordre public !

Laskaratos, notice to the British authorities on leaving Kefalonia for Zakynthos, March 1856
C2

Lire sur Andréas Laskaratos en grec (C2)

Les mots du texte

  • domination, souveraineté
  • clergé
  • hypocrisie
  • superstition
  • jeu de mots
  • excommunication
  • paria, banni
  • vanité

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