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Nikos Engonopoulos
Errietti Engonopoulou · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

C2Grèce moderne · Poète et peintre surréaliste

Nikos Engonopoulos

Νίκος Εγγονόπουλος

1907 – 1985 · Athènes

Nikos Engonopoulos (Νίκος Εγγονόπουλος, 1907–1985) fut le plus intransigeant des surréalistes grecs et, cas unique, un grand peintre autant qu'un poète. Ses premiers recueils de 1938 et 1939 furent accueillis par la moquerie ; son «Μπολιβάρ, ένα ελληνικό ποίημα» (Bolivar, un poème grec), écrit sous l'Occupation allemande et passé de main en main avant sa publication en 1944, devint l'un des grands poèmes de la liberté grecque. Ses tableaux, avec leurs figures sans visage dans des décors grecs baignés de soleil, sont accrochés à la Pinacothèque nationale.

Sa vie

Engonopoulos naquit à Athènes le 21 octobre 1907 dans une famille originaire de Constantinople, où il passa une partie de son enfance pendant la Première Guerre mondiale. De 1923 à 1927, il fréquenta un lycée à Paris, et il rentra en Grèce pour faire son service militaire avec le français pour seconde langue maternelle. Il travailla quelques années comme employé et traducteur, puis entra en 1932 à l'École des beaux-arts d'Athènes, où il étudia auprès de Konstantinos Parthenis ; en même temps, il travaillait dans l'atelier de Fotis Kontoglou, qui lui enseigna, ainsi qu'à Yannis Tsarouchis, la technique de la peinture byzantine. Ces deux maîtres, l'un moderniste, l'autre traditionaliste, restèrent les deux pôles de son art.

Ses premiers recueils, «Μην ομιλείτε εις τον οδηγόν» (Ne parlez pas au conducteur, 1938) et «Τα κλειδοκύμβαλα της σιωπής» (Les Clavicordes du silence, 1939), suscitèrent les railleries de la presse athénienne et les plaisanteries des revues satiriques ; «Engonopoulos» devint un temps synonyme d'absurdité. Il ne répondit pas et ne changea pas. En 1940–41, il combattit sur le front albanais ; fait prisonnier par les Allemands, il fut détenu dans un camp de travail et s'évada pour regagner Athènes. Pendant l'hiver 1942–43, dans Athènes occupée, il écrivit «Μπολιβάρ».

À partir de 1945, il enseigna le dessin et la peinture à l'École d'architecture de l'Université technique nationale (le Polytechnique), devint professeur titulaire en 1969 et prit sa retraite en 1973. Il représenta la Grèce à la Biennale de Venise en 1954, reçut deux fois le Premier Prix d'État de poésie, en 1958 et en 1979, et mourut à Athènes le 31 octobre 1985, dix jours après son soixante-dix-huitième anniversaire.

Son œuvre

Le titre de son premier livre est l'avis affiché dans les autobus grecs ; à l'intérieur, des poèmes dont les images viennent des rêves, de Lautréamont et de De Chirico, des chroniques byzantines et des chants clephtiques, dans un grec qui saute sans prévenir du démotique de la rue à la katharévousa la plus solennelle. Les critiques y virent une farce ; il était sérieux. Son surréalisme, comme celui de son ami Andreas Embirikos, était une manière de laisser parler à la fois toutes les strates de la langue grecque et du passé grec.

«Μπολιβάρ, ένα ελληνικό ποίημα» (1944) en est la preuve. Simón Bolívar, le libérateur de l'Amérique du Sud, y est convoqué comme un héros grec et placé aux côtés d'Odysseas Androutsos et des combattants de 1821 ; il apparaît sur les montagnes de Roumélie et dans les îles de l'Égée, «beau comme un Grec», et le poème, à la fois hymne, complainte populaire et manifeste, est une réponse insolente à l'Occupation. Après la guerre, il entra dans les anthologies scolaires. Les recueils suivants, «Έλευσις» (Éleusis, 1948), «Εν ανθηρώ Έλληνι λόγω» (En florissante parole grecque, 1957) et «Στην κοιλάδα με τους ροδώνες» (Dans la vallée des roseraies, 1978), gardent la même voix, désormais plus calme, souvent élégiaque, toujours fièrement grecque dans ses matériaux.

Comme peintre, il créa un monde à lui : des figures allongées sans visage, tels des mannequins de couturière, debout dans des cours, des ports et des salons néoclassiques sous une dure lumière grecque, vêtues de costumes de la guerre d'Indépendance ou de rien du tout, parmi des colonnes, des navires et des instruments de musique. Les couleurs sont celles des icônes byzantines et du peintre populaire Théophilos, l'espace celui de De Chirico. Poèmes et tableaux s'illustrent mutuellement.

Son héritage en Grèce aujourd’hui

«Μπολιβάρ» est l'Engonopoulos que connaissent les Grecs : son vers «Μπολιβάρ, είσαι ωραίος σαν Έλληνας» est proverbial, le poème figure dans les anthologies des lycées avec le bref «Ποίηση 1948», sa réponse à la question de savoir comment écrire de la poésie pendant une guerre civile, et le compositeur Nikos Mamangakis mit «Μπολιβάρ» en musique en 1968. La Pinacothèque nationale d'Athènes conserve ses tableaux, le centenaire de sa naissance en 2007 fut marqué par des expositions et de nouvelles éditions, et son œuvre est aujourd'hui lue avec celles d'Elytis et d'Embirikos comme l'une des trois grandes voix du surréalisme grec. Un apprenant peut commencer par lire «Μπολιβάρ» à voix haute, lentement, en laissant les changements de registre se produire, avant de passer aux pages du site consacrées à Elytis et à Tsarouchis, ses condisciples et amis.

Le saviez-vous ?

  • Le titre de son premier livre, «Μην ομιλείτε εις τον οδηγόν», est la pancarte placée au-dessus du siège du conducteur dans tous les autobus grecs ; les lecteurs de 1938 crurent à une farce.
  • «Μπολιβάρ» circula en copies manuscrites et dactylographiées et fut lu lors de réunions clandestines dans Athènes occupée avant sa première impression en 1944.
  • Il reçut deux fois le Premier Prix d'État de poésie, à vingt et un ans d'intervalle (1958 et 1979), et représenta la Grèce comme peintre à la Biennale de Venise de 1954.
  • Il apprit la technique de la peinture byzantine auprès de Fotis Kontoglou aux côtés de Yannis Tsarouchis, et enseigna le dessin à des générations d'architectes grecs au Polytechnique pendant près de trente ans.

Œuvres principales

Titre grecTitreAnnée
Μην ομιλείτε εις τον οδηγόνNe parlez pas au conducteur (poèmes)1938
Τα κλειδοκύμβαλα της σιωπήςLes Clavicordes du silence (poèmes)1939
Μπολιβάρ, ένα ελληνικό ποίημαBolivar, un poème grec1944
ΈλευσιςÉleusis (poèmes)1948
Εν ανθηρώ Έλληνι λόγωEn florissante parole grecque (poèmes)1957
Στην κοιλάδα με τους ροδώνεςDans la vallée des roseraies (poèmes)1978

Une phrase à retenir

Μπολιβάρ, είσαι ωραίος σαν Έλληνας

Bolivar, eisai oraios san Ellinas

Bolivar, tu es beau comme un Grec

Μπολιβάρ, ένα ελληνικό ποίημα (1944)
C2

Lire sur Nikos Engonopoulos en grec (C2)

Les mots du texte

  • tumulte, scandale
  • délire
  • imperturbable
  • s'évader
  • manuscrit
  • coexister
  • sans visage, impersonnel
  • courant, impeccable

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