
Des marins venus de Phocée
Il y a environ 2 600 ans, les Grecs ne vivaient pas seulement en Grèce. Beaucoup vivaient sur la côte de l’Asie Mineure, dans l’actuelle Turquie. L’une de leurs cités s’appelait Φώκαια (Phocée). Aujourd’hui, c’est la petite ville de Foça.
Les Phocéens étaient de grands marins. L’historien Hérodote dit qu’ils furent les premiers Grecs à faire de longs voyages en mer. Ils n’utilisaient pas de lents navires de commerce tout ronds, mais des navires rapides à cinquante rames. Ils naviguaient loin vers l’ouest, jusqu’en Italie et en Espagne.
Vers 600 av. J.-C., un groupe de Phocéens arriva sur la côte sud de l’actuelle France, à l’est du Rhône. Ils trouvèrent une baie bien abritée, que les Grecs appelaient le Lacydon. À côté, ils bâtirent une nouvelle cité grecque et la nommèrent Μασσαλία (Massalia). Une ville comme celle-ci, fondée par des Grecs loin de chez eux, était une ἀποικία (apoikia), une colonie. C’était une nouvelle cité, avec ses propres lois et ses propres dieux. Massalia est l’actuelle Marseille, souvent appelée la plus ancienne ville de France.
Un mariage et une coupe : la légende de la fondation
Les auteurs anciens racontaient une histoire d’amour sur la fondation de Massalia. Il en existe deux versions, et les noms n’y sont pas les mêmes.
Dans la version de Justin, un auteur de l’époque romaine, deux capitaines grecs, Simos et Protis, arrivèrent chez un peuple de la région, les Ségobriges. Leur roi, Nannus, donnait un festin. Sa fille Gyptis devait choisir un mari. Elle devait tendre de l’eau à l’homme qu’elle voulait. Elle passa devant tous les hommes du pays et tendit l’eau au Grec, Protis. Protis épousa donc Gyptis, et le roi donna aux Grecs une terre pour construire leur ville.
Le philosophe grec Aristote racontait l’histoire un peu autrement. Dans sa version, le Grec s’appelait Euxène et la jeune fille Petta. Elle lui offrit une coupe de vin mêlé d’eau. Leur fils s’appelait Protis.
Cette histoire est-elle vraie ? Nous ne pouvons pas en être sûrs. Mais elle nous apprend une chose importante : les Grecs avaient besoin de l’amitié des peuples qui vivaient déjà là.
Un port, des navires et des oliviers
Massalia s’est développée autour de son λιμήν (limên), son port. Le géographe grec Strabon écrit que le port se trouvait au pied d’un rocher en forme de théâtre. Sur la colline au-dessus, les Massaliotes construisirent des temples pour Artémis d’Éphèse et pour Apollon.
Massalia devint une riche cité de commerce. Ses ἔμποροι (emporoi), les marchands, chargeaient leurs πλοῖα (ploia), leurs navires, et longeaient les côtes. Le vin, οἶνος (oinos), faisait partie de leurs marchandises importantes. La cité frappait ses propres pièces d’argent à l’effigie d’Artémis et d’Apollon. Elle fonda aussi de nouveaux comptoirs en Espagne, en Corse et sur la côte de la France, par exemple à Antibes et à Agde. Vers la fin du IVe siècle av. J.-C., un explorateur de Massalia, Pythéas, navigua jusqu’en Bretagne (la Grande-Bretagne).
Justin écrit aussi que les peuples voisins de Massalia apprirent beaucoup des Grecs : cultiver leurs champs, entourer leurs villes de murailles, tailler l’ἄμπελος (ampelos), la vigne, et planter l’ἐλαία (elaia), l’olivier. C’est le point de vue d’un seul auteur ancien, alors les historiens le lisent avec prudence.
De Massalia à Marseille
Massalia resta longtemps une cité grecque libre, et elle était l’amie de Rome. Mais en 49 av. J.-C., elle prit le parti de Pompée dans une guerre civile romaine. Jules César assiégea la ville, qui dut lui ouvrir ses portes. Même sous la domination romaine, la ville garda la langue grecque jusque vers le Ve siècle apr. J.-C.
Aujourd’hui, on retrouve encore le passé grec à Marseille. Le Vieux-Port est le Lacydon des premiers marins grecs. Tout près, au Jardin des Vestiges, les visiteurs se promènent parmi les pierres du port antique, retrouvées par les archéologues. Et la ville a gardé son ancien nom en grec : les Grecs appellent toujours Marseille Μασσαλία.
En 2024, Marseille a accueilli un visiteur venu de Grèce : la flamme olympique. Elle n’est pas venue en avion. Comme les premiers Grecs, elle est arrivée par la mer.
Dates clés
- c. 600 BCDes Grecs de Phocée fondent Massalia au bord de la baie du Lacydon.
- 6th c. BCLes Perses attaquent Phocée ; beaucoup de Phocéens s’enfuient sur leurs navires.
- 4th c. BCPythéas de Massalia navigue vers le nord jusqu’en Grande-Bretagne.
- 49 BCJules César assiège Massalia, qui doit lui ouvrir ses portes.
- 5th c. ADJusque vers cette époque, on parle encore grec à Massalia.
- 2024Le 8 mai, la flamme olympique arrive en voilier dans le Vieux-Port de Marseille.
Huit mots, hier et aujourd'hui
| Grec ancien | Grec d'aujourd'hui | Sens |
|---|---|---|
| Marseille | ||
| port | ||
| olivier, olive | ||
| colonie | ||
| navire, bateau | ||
| marchand, commerçant | ||
| vin (au quotidien : κρασί) | ||
| vigne |