L'histoire, étape par étape
Platon a écrit la République sous forme de conversation. Au livre VII, Socrate demande à Glaucon, le propre frère de Platon, d'imaginer cette scène (514a–517a).
- Des hommes vivent dans une caverne souterraine, un σπήλαιον. Depuis l'enfance, ils sont enchaînés par les jambes et le cou, et ne peuvent donc regarder que droit devant eux.
- Derrière eux, plus haut, brûle un feu. Entre le feu et les prisonniers passe un chemin bordé d'un petit mur, comme l'écran d'un théâtre de marionnettes. Des gens y marchent en tenant en l'air des objets et des figures d'hommes et d'animaux.
- Les prisonniers ne voient que les ombres, les σκιαί, sur la partie de la caverne qui leur fait face. Quand un porteur parle, l'écho semble venir d'une ombre. Ils croient donc que seules les ombres sont réelles.
- Un prisonnier est libéré et traîné jusqu'à la lumière du jour. La lumière lui fait mal aux yeux. Il voit d'abord les ombres, puis les reflets dans l'eau, puis les choses elles-mêmes, puis le ciel de nuit, et enfin le soleil.
- Il redescend à son ancienne place. Il n'y voit plus rien dans le noir, et les autres se moquent de lui. Ils tueraient quiconque essaierait de les libérer.
« Une image étrange », dit Glaucon. «ὁμοίους ἡμῖν», répond Socrate : « semblables à nous » (515a).
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Que signifie ce mot ?
Ce qu'elle signifie selon Socrate
« Allégorie » est notre mot. Socrate appelle cette histoire une εἰκών, une image, et il l'explique lui-même (517a–c). La prison représente le monde que nous voyons autour de nous, et son feu la puissance du soleil. La montée est l'élévation de l'âme vers le νοητὸς τόπος, le lieu que seule la pensée atteint. Il ajoute une réserve : «θεὸς δέ που οἶδεν», Dieu sait si c'est vrai (517b).
En dernier, et le plus difficile à voir, vient ἡ τοῦ ἀγαθοῦ ἰδέα, l'Idée du Bien (517b–c). Les Idées de Platon sont les réalités immuables derrière les choses que nous percevons. Une fois vu, le Bien doit être reconnu comme la cause de tout ce qui est juste et beau, et celui qui veut agir avec sagesse, en privé ou en public, doit l'avoir vu.
La caverne complète une série de trois images : le Soleil et la Ligne divisée la précèdent directement dans le dialogue.
L'éducation et le chemin du retour
La première phrase dit que l'image concerne notre nature «παιδείας τε πέρι καὶ ἀπαιδευσίας», du point de vue de l'éducation et de son absence (514a). Socrate en tire la conclusion en 518b–d. Certains prétendent mettre le savoir dans l'âme, comme on mettrait la vue dans des yeux aveugles. Il répond que la capacité d'apprendre est déjà là. L'éducation est l'art de retourner l'âme, la περιαγωγή, vers ce qui est réel.
Vient alors la question difficile. Ceux qui atteignent le sommet ne veulent pas revenir, mais les fondateurs de la cité idéale ne doivent pas les laisser y rester (519c–d). Glaucon objecte que c'est une injustice envers eux. Socrate répond que la loi veille sur la cité entière, non sur un seul groupe, et leur dit : «καταβατέον», il faut redescendre, chacun à son tour (520c). Alors la cité sera dirigée par des gens éveillés, et non par des rivaux qui se battent pour des ombres, «σκιαμαχούντων».
Les spécialistes débattent encore de la raison pour laquelle les philosophes accepteraient : Socrate répète qu'il faut les contraindre à gouverner, et l'on discute pour savoir si la justice seule les fait agir. Le texte ne nomme jamais non plus la mort de Socrate en 399 av. J.-C., mais beaucoup de lecteurs l'entendent dans la menace de 517a.
Les mots de la caverne dans le grec d'aujourd'hui
Une grande partie de la scène peut encore se raconter avec les mêmes mots. Το σπήλαιο του Δυρού est un nom officiel ; dans la conversation, les Grecs disent σπηλιά. Θέατρο σκιών, le théâtre d'ombres, désigne pour les Grecs Karagiozis, même si ce spectacle n'a aucun lien historique avec l'image de Platon. Les montreurs de marionnettes de Platon, les θαυματοποιοί (514b), sont aujourd'hui des prestidigitateurs. Une σκιαμαχία est maintenant un combat inutile contre un ennemi qui n'existe pas.
Το είδωλο reste l'image dans un miroir, comme les εἴδωλα dans l'eau en 516a, mais ce peut être aussi une idole de la pop. Et la παιδεία figure sur la porte de l'Υπουργείο Παιδείας, le ministère de l'Éducation ; «Ψωμί, Παιδεία, Ελευθερία» fut le principal slogan du soulèvement étudiant de 1973.
Dates clés
- 428/7 BCNaissance de Platon à Athènes (la date n'est pas certaine).
- 399 BCSocrate, le maître de Platon, est condamné à mort à Athènes.
- c. 387 BCAprès son premier voyage en Sicile, Platon fonde l'Académie.
- c. 380–360 BCPlaton écrit les livres II à X de la République, selon l'estimation habituelle fondée sur le style et le contenu.
- 348/7 BCPlaton meurt à Athènes, à environ quatre-vingts ans.
Huit mots, hier et aujourd'hui
| Grec ancien | Grec d'aujourd'hui | Sens |
|---|---|---|
| caverne (à l'oral : σπηλιά) | ||
| ombre | ||
| Idée de Platon (aujourd'hui : idée) | ||
| lumière | ||
| éducation, culture | ||
| vérité | ||
| reflet (aujourd'hui aussi : idole) | ||
| image (aujourd'hui aussi : icône) |